Conférence Virtuelle: La Mauritanie dans l’ère Post-COVID-19: Quel modèle de développement? Enjeux et perspectives

Le Collectif des Cadres Mauritaniens Expatriés (CCME) a organisé 21 juillet 2021 une conférence virtuelle sur le thème : « La Mauritanie dans l’ère Post-Covid-19 : Quel modèle de développement ? Enjeux et perspectives ».

Animée par Dr Samba Thiam (ancien ministre du Budget et ancien cadre du FMI), M. Aziz Ould DAHI, ministre de l’Economie et de l’Industrie et M. Mohamed Lemine Ould DHEHBY, ministre des Finances, Mme Maimouna Mint Saleck, présidente de l’ONG Biodiversités et modéré par Dr Abdoulaye DIAGANA (CCME), la conférence faisait suite à la production par le CCME d’une note en guise de contribution à la préparation de la relance économique après la COVID19 en Mauritanie. Le Pr Mamadou Baro, président du CCME voit en cette crise « les germes de changements structurels pour lesquels nous devons nous préparer dès maintenant ». Comme pour poser les bases de la discussion qui allait suivre, le Pr Baro postule la nécessité d’envisager de grands changements pour initier « des solutions innovatrices qui contribueront à la résilience de nos communautés face à un environnement de plus en plus difficile ».

Il s’agit d’un passage obligé qui nécessitera des remises en cause substantielles afin de repenser notre modèle de développement. Car, comme l’a souligné en propos liminaire le Dr Abdoulaye Diagana, modérateur de la conférence, « les conceptions anthropocentrées de nos rapports à la planète et le sentiment d’avoir vaincu toutes les limites que nous opposait notre condition d’humains ont présidé à l’avènement de sociétés gouvernées par le primat de l’individu et de la liberté, aussi bien pour la production que la consommation des biens naturels et/ou manufacturés. L’étape ultime de ce parcours a été le triomphe du modèle libéral avec comme totem la libre circulation des biens et des marchandises ».

Dès lors, renchérit le conférencier Dr Samba Thiam, le monde devra se préparer à « une phase de baisse de l’aide au développement, la chute des investissements directs étrangers et à une rude compétition pour les capter ».  En homme averti et fort d’une longue expérience de haut niveau au sein du Fonds Monétaire International, le Dr Samba Thiam formule des recommandations qui devraient préparer la Mauritanie à mieux négocier le tournant de l’après COVID19 : renforcement des filières locales, initiation d’une politique solide de l’offre intérieure, veiller à la sécurité alimentaire… Le Dr Thiam recommande par ailleurs que « notre développement soit basé sur les potentialités internes. Il faudra aussi que soit affirmé le rôle central de l’Etat et que l’on procède à une révision des objectifs de la Stratégie de Croissance accélérée pour une Prospérité Partagée ».

C’est une belle opportunité qu’offrait Dr Thiam au second intervenant, M. Abdel Aziz Ould Dahi, ministre de l’économie et de l’industrie, pour rappeler l’environnement instable et fuyant dans lequel nous évoluons et « qui est exposé à des risques importants comme le terrorisme, les catastrophes naturelles, l’insécurité alimentaire… ». Mais bien que les perspectives soient assombries par la pandémie, avec notamment le report de l’exploitation des ressources gazières, M. Ould Dahi exhorte à vivre et à relancer l’économie au niveau de l’offre et de la demande. Cela passera nécessairement par l’adoption d’une stratégie avec des mesures telles que « atténuer les effets de la Covid19 sur les entreprises, redonner à l’Etat son rôle de catalyseur de cette stratégie, réduire la dépendance sanitaire, développer le secteur privé et en faire le moteur de l’activité économique et du développement, notamment les PME, créateurs d’emplois, diversifier les sources de financements, renforcer la protection sociale… ». En un mot, face à tant d’incertitudes, M. Ould Dahi avance que « l’Etat doit avoir la capacité de gérer le risque ».

Comme en écho à l’intervention de M. Dahi, son collègue des finances, M. Mohamed Lemine Ould Dhehby souligne l’arbitrage que l’Etat a dû faire en décidant de confiner ; ce qui était clairement un choix de privilégier la santé plutôt que l’économie. Le pays fait face à des défis structurels dont « une économie de rente, le poids de l’informel et l’insuffisance de ressources pour financer l’économie ». Cette situation appelle des réformes pour faire émerger « plus d’entreprises formelles, réduire le poids de la rente, aller vers un modèle de protection sociale en conditionnant par exemple l’aide à plus de protection sociale… ». Et de l’avis de M. Ould Dhehby, tout cela ne peut se concevoir qu’avec un rôle accru de l’Etat. Par exemple, « le secteur de l’éducation et celui de la santé ne doivent être laissés au marché ». Les réformes attendues devront donc aller, selon M. Ould Dhehby, vers un recentrage de l’économie sur certains secteurs productifs, la réorientation du crédit et l’investissement étatique.

Cependant, le succès du passage à une Mauritanie d’après COVID19 ne peut s’envisager sans l’engagement de la société civile. C’est ce qu’a rappelé Mme Maimouna Mint Saleck, présidente de l’ONG Biodiversités. « Cette pandémie a mis à nu la fragilité de nos systèmes économiques, nos systèmes de production et surtout nos systèmes de consommation. Elle a donné une bonne claque à notre égo… en nous mettant devant nos responsabilités ». Pour s’en convaincre, « il suffit de poser les questions : qui a été pénalisé par le confinement ? Qui en a bénéficié ? ». Compte tenu de l’impact positif que le confinement a eu sur l’environnement, Mme Maimouna Saleck estime que « nous avons là une dernière chance de redéfinir un modèle économique plus résilient et plus durable ». Exemple de pratiques à bannir dans la Mauritanie de l’après COVID19, selon Mme Mint Saleck, les pots en plastiques employés pour la pêche au poulpe. Mme Mint Saleck s’indigne : « Ils sont bannis partout dans le monde sauf chez nous. Quand je vois des pots estampillés made in Mauritanie et qui atterrissent sur des plages en Floride, j’ai honte ». Pour pleinement tirer les leçons de cette crise, la Mauritanie devra d’abord renforcer la conservation de la biodiversité. Il lui faudra ensuite développer des économies circulaires, faire la promotion des circuits alimentaires courts et développer l’agriculture urbaine. Telles sont les mesures préconisées par Mme Mint Saleck.

Le CCME a pris rendez-vous pour d’autres discussions de cette nature, avec cette fois, plus d’échanges avec les participants. Ce qui n’a pas se faire cette fois faute de temps.

L’intégralité de la conférence et certaines allocutions sont disponibles sur le site du CCME.

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